La bohème

Voici une des premières chansons françaises que j’ai appris.  Comme “la vie en rose,” c’est difficile à traduire “la bohème” en anglais.  On peut dire “the bohemian life” (la vie bohème), mais “bohemian” en anglais suggère des “beatniks” des 1960s.  Alors, j’ai gardé lóriginal en français.

Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

I’ll tell you about a time
that people undeer 20
can’t know
Montmartre, back then,
heaped its lilacs
up to the windowsills
and even if the modest furnished room
that was our nest
wasn’t much to look at
that’s where we met:
Me, always complaining of hunger
And you, who posed in the nude

La bohème, la bohème
Ça voulait dire on est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux

La bohème, la bohème
It meant we were happy
La bohème, la bohème
We only ate every second day

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver

In the nearby cafés
we were the somebodies
waiting for fame

and even though miserable
with empty stomachs
we never stopped believing in it
and when some bistro
in exchange for a good, hot meal
would take a canvas from us
we’d recite poetry
grouped around the stove
forgetting winter

La bohème, la bohème
Ça voulait dire tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

La bohème, la bohème
It meant you were pretty
La bohème, la bohème
and all of us were brilliant

Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
Du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Epuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie

It often happens
in front of my easel
I’d spend sleepless nights
touching up the design
of the line of a breast
the curve of a hip

and it wasn’t until morning
that we sat at last
with a
café-crème
exhausted but happy
we were destined to love each other
and to love life

La bohème, la bohème
Ça voulait dire on a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps

La bohème, la bohème
it meant we were twenty
La bohème, la bohème
and we were living in the spirit of the times

Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
A mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

It happened, the other day,
that I took a trip
to my old address
I didn’t recognize
the walls or the streets
that saw my youth
I looked for the studio
but there’s nothing left
in its new setting
Montmartre seems sad
and the lilacs are dead

La bohème, la bohème
On était jeunes, on était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

La bohème, la bohème
we were young, we were mad
La bohème, la bohème
it doesn’t mean anything at all


Le soleil luit

J’ai trouvé cette chanson en cherchant Le Déserteur. C’est souvent le cas pour moi: j’aime des anthologies, des compliations, parce qu’elles me mènent aux choses nouvelles.

Le soleil luit
Sur la ville  et sur les champs
Tout là-bas un paysan
Suit sa charrue en chantant

Deux messieurs bien
Parlant de chasse et de chien
Dans un bar américain
Boivent le whisky du matin

Un enfant bleu
Dans son berceau de bois blanc
Fermant ses yeux innocents
Meurt tout doux tout doucement

La Seine plie
Sous le ventre des chalands
Sur la berge deux enfants
S’enlacent en souriant

Cent mineurs crient
Sous le poids d’un continent
Là-haut passe un régiment
Il y aura dix survivants

Le soleil luit
Sur la ville et sur les champs
Le soleil luit…

The sun shines
on the city and on the fields
over there a farmer
sings as he follows his plow

Two fine gentlemen
talk about hunting and dogs
in an American bar
while they drink their morning whisky

A blue child
in its pine cradle
closes its innocent eyes
And die quietly, softly

The Seine bends
under the bellies of barges
on the banks two children
hug one another and laugh

A hundred miners cry out
under the weight of a continent
Above, a regiment passes
Only ten will survive

The sun shines
on the city and the fields
the sun shines…

Bríd Óg Ní Mháille

Bríd Óg Ní Mháille est le nom d’une femme qui s’appelle en anglais Bridget O’Malley.  C’est un nom  et une belle chanson traditionelle de l’Irlande, chanté ici par Mairéad Ní Mhaonaigh et son groupe, Altan.  Ma traduction en français est en bas.

Les paroles de la chanson sont en irlandais, la langue gaélique de l’Irlande. Le mot irlandais pour lui-même est gaeilge, sembable à gaidhlig, le mot pour lui-même du gaélique de l’Écosse.

O, Bridget O’Malley, tu as laissé mon coeur en brisant
Tu as envoyé les serrements du chagrin pour  percer gravement mon coeur
Cent hommes désirent ta beauté qui coupe le souffle
Bien sûr, tu est la plus belle des demoiselles d’Oriel

Aucun spectacle est plus belle que les rayons de lune sur le port
Ou les fleurs douce-parfumées de la prunelle sur l’épine
Mais mon amour brille plus éclatante, en apparence et en stature
Cette belle avec lèvres de miel qui n’ai jamais dit rien mauvais

Je suis un jeune homme beau qui penser à se marier
Mais ma vie sera raccourci se je ne gagnerai pas ma chère
Mon amour, ma bien-aimée, prépares-toi me rencontrer
Le dimanche soir prochaîne sur le chemin à Drum Slieve

C’est triste et solitaire que je passe le temps, dimanche
Ma tête se courbe en chagrin, mes soupires lourd en malheur
Pendant que je regarde les pistes où mon amour se promene
Elle s’est mariée avec un autre et m’a laissée abandonné

Les amoureux des bancs publics

Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu’on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c’est une absurdité
Car à la vérité
Ils sont là c’est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

People who don’t see them right
Think that the green benches
You see on the sidewalks
Are for the fatigued or the fat
But that’s ridiculous
Because in fact, everybody knows
They’re there to welcome first-time lovers.

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des “Je t’aime” pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympatiques

The lovers who smooch on public benches
Ignoring the evil eye
From the good folks passing by
The lovers who smooch on public benches
When they’re saying their heartfelt “I love yous”
They make such cute little faces.

Ils se tiennent par la main
Parlent du lendemain
Du papier bleu d’azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Ils se voient déjà doucement
Ell’ cousant, lui fumant
Dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé

They hold hands, talking about the future
And the sky-blue paper that’ll cover the walls of their bedroom
They can already see themselves: her sewing, him smoking
Safely comfortable as they pick names for their first baby.

Quand la saint’ famill’ Machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris
Ell’ leur décoche hardiment des propos venimeux
N’empêch’ que tout’ la famille
Le pèr’, la mèr’, la fille
Le fils, le Saint Esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s’conduir’ comme eux

When the Everybodies, the holy family,
Happens to cross paths with a pair of these good-for-nothings
They hurl spiteful comments at them
Even though the whole family
The father, the mother, the daughter
The son and the Holy Ghost
Would occasionally love to act just like them.

Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s’apercevront émus
Qu’ c’est au hasard des rues
Sur un d’ces fameux bancs
Qu’ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

Later, when the months have gone by
When their beautiful new dreams have died down
When their skies are full of thick, oppressive clouds
They’ll realize that was by chance, in the streets,
On one of those famous benches
That they experienced the best part of their love.

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des “Je t’aime” pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympatiques

Ma guitare et moi

Quand j’étais à l’université, j’ai eu un livre des chansons folkloriques (Folksongs and Footnotes, de Theodore Bikel).  Parmi ses pages j’ai trouvé cette chanson.

Parce que je l’ai enseigné à moi-même, j’ai toujours la chanté plus lentement qu’ici.  Mais j’étais heureux à trouver cette version par Stéphane Golmann.

Ma guitare et moi,
Nous ne nous quittons pas
Qui joue de l’autre ?
Personne ne le dira
Quand je l’ai rencontrée
Couverte de poussière
Elle se morfondait
Chez un antiquaire
Et je n’ai pas pu
Pas pu résister
A ses cordes cassées
Sa peinture écaillée
Et, partant tous les deux,
Le vieux n’a pas compris
Qu’elle était déjà
Ma guitare, mon amie
My guitar and me
We’re always together
Which one plays the other?
Who can say?
When I found her
Covered in dust
She was moping around
In an antique shop
And–I couldn’t,
Just couldn’t resist
The broken strings
The flaking finish
And when we left together
The old guy didn’t get it:
She was already
My guitar, my friend
On ne peut pas contenter
Tout le monde et son père
Etre au four, au moulin
Ou avoir quatre mains
On peut aimer les bêtes
La nature, les humains
Sans être poète
Encore moins musicien
Mais c’est bien agréable
De pouvoir l’exprimer
Sans en être capable
Grâce à elle car elle sait
You just can’t please
Everybody and his brother
You can’t be in two places at once
You’ve only got one pair of hands
You can love animals
Or nature or people
Without being a poet
Much less a musician
Still, it’s very nice
Having the chance to say it
Without really being capable
Thanks to her — because she knows.
Ma guitare et moi,
Nous ne nous quittons pas
Qui joue de l’autre ?
Personne ne le dira
Quand je l’ai rencontrée
Couverte de poussière
Elle se morfondait
Chez un antiquaire
Et je n’ai pas pu
Pas pu résister
A ses cordes cassées
Sa peinture écaillée
Et, partant tous les deux,
Le vieux n’a pas compris
Qu’elle était déjà
Aglaé, mon amie
My guitar and me
We’re always together
Which one plays the other?
Who can say?
When I found her
Covered in dust
She was moping around
In an antique shop
And–I couldn’t,
Just couldn’t resist
Her broken strings
Her flaking finish
And when we left together
The old guy didn’t get it:
She already was
Aglaia, my friend

C’était seulement en écrivant ceci que j’ai vu le nom Aglaé à la fin.  Peut-être c’était le nom que Golmann a donné à sa propre guitare.  En mythologie, Aglaé était la plus jeunes des Charites.

Cumha Cheap Breatuinn

Je voulais partager une histoire et une chanson de mon pays (l’Île de Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse).  C’est en gaélique, la langue de mes ancêtres.  Mes grand-pères et mes grand-mères parlaient gaélique; c’était la langue maternelle de mes grand-pères.  En fait, je crois que le plupart de mes arrière-grand-pères et arrière-grand-mères ne parlaient guère anglais.

À l’histoire:

Il y avait un homme, Allan the Ridge MacDonald, qui a vécu avec sa famille près de Mabou, une ville sur la côte ouest de Cap-Breton.  (Son père, Alasdair, avait  reçu le style [dit-nom] “Ridge” parce que chez lui était sur une chaîne dans les collines.  Donc, le père est devenu Alasdair the Ridge [Alexandre-la-Chaîne].)

Allan the Ridge y vivait jusqu’à 1847, quand il a déménagé avec sa famille au continent–pas loin mais assez loin de Cap-Breton.  Apres plusiers ans, Allan s’est promené près de Cap-George, d’où il pouvait voir l’île de sa naissance.  Allan était bàrd (poète traditionel gaélique) et il a composé ces vers-ci, suivant un air vieux de l’Écosse.

En style des bàird (poètes ), il louait l’île, ses villages, son peuple.  De Cap-George, c’est impossible à voir les villages dont il chantait; il les regardait avec les yeux de son cœur.

Cumha Ceap Breatuinn (un mp3 s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre)

 

Depuis longtemps, j’ai aimé cette chanson–plus, maintenant.  Quand mon père était mort, l’automne dernier, une chanteuse l’a chanté à la fin de ses funerailles.  Il est venu aux États-Unis en 1951, mais il a porté toujours Cap-Breton dans son coeur.  Cet été, nous y le retournerons pour son dernier repos.

Cumha Cheap Breatuinn
Lamentation pour Cap-Breton

Chì mi bhuam, fada bhuam,
Chì mi bhuam, ri muir làin;
Chì mi Ceap Breatuinn mo luaidh
Fada bhuam, thar an t-sàil.
Je vois loin, loin de moi,
Je vois à la marré haute
Je vois Cap-Breton, mon amour,
Loin de mois, par-dessus les vagues.
Chì mi Créiginis nan craobh,
Le cuid aonaichean àrd;
‘S an Rubh’ Fada tha ri taobh
Gheibhte maoin ann ‘s barr.
Je vois Creignish des fôrets
Avec ses pâturages hauts
Et Cap-Long à sa côte
Avec prospérité et cultures.
Bha na Glaisrich ann gun èis,
Bheireadh feum as an fhàl;
Bha iad modhail, bha iad gleusd’,
Bha iad speiseil ‘nan ghaths.
Où les gens de Strathglass vivaient
Sans besoin, ils mettaient
Si bien éléves et si bien habiles
Ils étaient toujours bien-aimés
Chì mi Siùdaig nam fear cruaidh,
Chì mi Bruaich nam fear àrd,
Bha Clann Sheumais ann ri uair
Laoich a bhuanaicheadh blàr.
Je vois Judique des hommes forts
Je vois Braes des hommes hauts
Une fois, le Clan Sheumais y vivaient
Des hommes qui gagneraient des batailles
Chì mi Sestico nan tùr,
‘S am bheil bùthan ‘us sràid;
Chì mi Màbu air a’ cùl–
B’ i sid dùthaich mo ghràidh.
Je vois Chestico des tours
Il y a des boutiques et une rue principale
Je peux voir Mabou en arrière
C’est le lieu que j’ai aimé
Gu bheil togradh ann am inntinn
Bhi leibh mar a bha,
Ged tha fios agam ‘us cinnt
Ribh nach till mi gu bràth.
J’aimerais bien
Être avec vous comme j’avais été
Mais je sais bien
Que je ne retournerai jamais
Chì mi cladach Mèinn a’ Ghuail,
‘S am bidh buar agus gràn;
‘S Rubh’ an t-Seallaidh fad mu thuath,
Creagach, fuar agus àrd.
Je vois la plage de Mine-du-Charbon
Où il y a du bétail et des ceréales
Et Cap-Vue (Sight Point) au nord
Rocheux, froid, et haut
Tha mi ruith gu ceann mo rèis,
‘S mi fo èislean gach là;
Sguiridh mi ‘s cha ‘n eil mi rèidh,
‘S cha ‘n eil feum ann am dhàn.
Je viens à la fin de mom temps sur la terre
Je suis découragé chaque jour
Je finirai même que je suis triste:
C’est inutile, ma chanson
Nis bho ‘n tha mi air bheag stàth,
Leam a b’àill, nuair nach beò,
Mi bhi còmhla ri m’ chàirdean,
Ann am Màbu fo ‘n fhoid.
Parce que je suis maintenant faible
Quand je ne vis plus
Je voudrais être avec mes amis
Enterré sous le gazon de Mabou

Sur la grande côte

Avec plus qu’un peu de semblance à la musique traditionnelle de la Nouvelle-Écosse, une chanson par le group La Bottine Souriante, du Québec.

J’écrirai tôt un billet pour comparer cette chanson avec les òrain luaidh (en Écosse, “waulking songs;” au Canada, “milling songs”) — des chansons qu’on chantait en préparant du tweed nouvellement tissé.

Sur la grand’ côte elle est montée
Sur la grand’ côte elle est montée
Elle a perdu son tablier
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

She was climbing the big hill
She’d lost her apron

Elle a perdu son tablier
Elle a perdu son tablier
C’t’un homme passant qui l’a ramassé
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

She’d lost her apron
A man who was passing by picked it up

C’t’un homme passant qui l’a ramassé
C’t’un homme passant qui l’a ramassé
Ça prend un homme qui n’est pas gêné
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

A man who was passing by picked it up
It takes a man who isn’t shy

Ça prend un homme qui n’est pas gêné
Ça prend un homme qui n’est pas gêné
De d’mander les filles pour les embrasser
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

It takes a man who isn’t shy
To ask the girls if he can kiss ’em

De d’mander les filles pour les embrasser
De d’mander les filles pour les embrasser
C’t’ait pas une chanson qu’j’voulais vous chanter
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

To ask the girls if he can kiss ’em
This wasn’t a song I wanted to sing you

C’t’ait pas une chanson qu’j’voulais vous chanter
C’t’ait pas une chanson qu’j’voulais vous chanter
C’t’ait un p’tit reel, j’vas vous l’reeler
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

This wasn’t a song I wanted to sing for you
It was a reel I’m going to play for you

Le déserteur

Quand j’étais étudiant, j’ai entendu une version de cette chanson, chanté par Paul Stookey (de Peter, Paul and Mary).  Les paroles sont ceux de Boris Vian.

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir

Mr. President:
I’m writing a letter
That maybe you’ll read
If you have time
I’ve just receive my orders
To leave for the war
By Wednesday night.

Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m’en vais déserter

Mr. President, I don’t want to do it
I wasn’t put on earth to kill anybody
Not that I want to upset you, but I have  to tell you
My decision’s made: I’m going to desert.

Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins

In my life, I’ve seen my father die,
I’ve seen my brothers leave, seen the tears of my children

My mother suffered so much, she’s in her grave
She laughs at bombs.  She laughs as poems.
When I was a prisoner, they stole my wife
They stole my soul, my entire past.
Well, early tomorrow, I’ll slam the door
In the face of the dead years
I’ll hit the road.

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président

I’ll beg my way on the roads of France
In Brittany, in Provence, and I’ll tell people:
Don’t do what you’re told.  Don’t do it.
Don’t go to war.  Refuse to report.
If blood must be shed, shed yours
You’re a righteous man
Mr. President

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer

If you come after me, tell your police
That I won’t be armed, that they can shoot.

Les mots d’amour

Bien sûr y’a les rimes en fleur, les métaphores, les grands discours
Les ” je n’aime que toi “, les ” mon amour “, les ” pour toujours ”
Les soleils couchants, le vent, la plage, les océans
Les références au coeur, c’est un organe très émouvant

Absolutely, there are flowery verses, metaphors, great speeches
There are the “I love only yous,” the “my loves,” the “forevers,”
The sunsets, the wind, the beach, the seas,
All the references to the heart–it’s a very moving  organ

Miauler ” Je t’aime ” tout le monde peut l’ faire, c’est comme Amen
C’est pas très dur
Pour dire ” bonne nuit ” chaque soir, là, faut vraiment y croire

To mew “I love you” — anybody can do that
It’s like saying “amen”
It’s not that hard
To say “good night” every evening, though
You
really have to mean it

Pas besoin de prêt à porter, de slogans, de phrases toutes faites
Tous ces passe-partout, prêts à l’emploi qu’on se répète
Les mots d’amour c’est pas ça
C’est bien plus compliqué crois-moi

There’s no need for off-the-shelf slogans, ready-made sentences
All these master keys, ready to work when we need them again —
Words of love aren’t like that
It’s much more complicated, believe you me

Les déclarations les plus belles
Ne figurent pas dans les manuels

The most beautiful statements
Don’t show up in how-to guides

C’est banal mais les quelques mots que je te destine
Je les préfère aimantés sur le frigo dans la cuisine
Je veux voir nos initiales côte-à-côte sur l’interphone
Pas gravées au canif dans l’écorce d’un chêne
Pas besoin de vieux balcon, de Roméo et de Juliette
Je peux me contenter d’un petit signe par la fenêtre
Faisons l’impasse sur les violons, ” les toi pour moi ” et vice versa
Tous ces mots trop doux qu’on a prononcés trop de fois

It’s trite, but the words I mean for you,
I’d rather have them on magnets stuck to the fridge
I want to see our initials next to each other in the phone book
Not carved with a knife into the bark of an oak.
There’s no need for an old balcony, for Romeo and Juliet
I can be happy with a little gesture in a window
Let’s stop the violins, the “me for you” and vice-versa
All these sugary words that people say too often

Mon p’tit coeur, mon p’tit chat
Mon trésor, mon petit rat
Ma p’tite fouine, ma p’tite teigne
Ma sardine, ma Sardaigne

My little heart, my little cat
My treasure, my little rat
My little stone marten, my little (rat?)
My sardine, my Sardinia

Mon sagouin, mon trois fois rien
Merci qui ? merci mon chien !
Mon soleil, mon bouquet de roses
Mon orteil, ma boîte de douce

My little monkey, my “three times nothing”
(idiom for, maybe, “no trouble at all”)
Thank you to whom? Thanks, my dog.

(I don’t get this one)
My sunshine, my bouquet of roses
My toe, my box of sweetness (?)

On peut bien sûr parler d’avenir promettre monts et merveilles
C’est bien plus fort ” à tout à l’heure ” quand on le murmure à l’oreille
Certains construisent des châteaux, ils y mettent des perles de pluies
Moi j’ai fixé une étagère, elle est d’ailleurs tombée depuis

You can certainly talk about the future, promising mountains and marvels
But “see you soon” is much better, whispered in the ear
Some people build castles and then fill them with pearls of rain
Me, I built a bookshelf — and later, it fell down.

Ils trouvent encore des formules quand ils se séparent
Et habillent de ridicule la fin de leur histoire
Moi j’ai pas le coeur brisé, j’ai vérifié chez mon médecin
Mais je regrette ces mots d’amour que tu me disais si bien.

They find formulas again when they break up
And they cover the end of their story with ridicule (they dress it up with ridicule)
As for me, I don’t have a broken heart — I checked with my doctor
But I regret these words of love that you spoke so well.


Supplique pour être enterré sur une plage de Sète

La Camarde qui ne m’a jamais pardonné
D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit d’un zèle imbécile.
Alors cerné de près par les enterrements
J’ai cru bon de remettre à jour mon testament
De me payer un codicille.

The grim reaper, who’s never forgiven me
for planting flowers in the holes for his nose
Pursues me with an imbecilic zeal.
So, since I’m practically surrounded by burials,
I thought it’d be good to update my will,
To treat myself to a codicil.

Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion
Et de ta plus belle écriture
Note ce qu’il faudra qu’il advînt de mon corps
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord
Que sur un seul point : la rupture.

So dip your pen in the blue ink of the Gulf of Lion
Dip it, my trusty old scribe
And in your best hand
Record what will need to be done with my body
Once my soul and it no longer agree
Except on one thing: separation.

Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson
Celles des titis, des grisettes
Que vers le sol natal mon corps soit ramené
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée
Terminus en gare de Sète.

Once my soul has headed off  into the sunset
To join those of Gavroche, of Mimi Pinson,
Those of kids from Paris, of girls from the streets–
While my body’s being taken to its native soil
In a berth on the Paris-Méditerranée train.
Destination: the station at Sète.

Mon caveau de famille, hélas ! n’est pas tout neuf
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf
Et d’ici que quelqu’un n’en sorte
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu
Place aux jeunes en quelque sorte.

Sadly, my family vault isn’t exactly new
To be blunt, it’s as stuffed as the inside of an egg
And since nobody ever leaves,
I’m liable to be a late arrival, and I can hardly
Say to these good folks: move over a little
Make a little room for the newcomers

Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus
Creusez si c’est possible un petit trou moelleux
Une bonne petite niche
Auprès de mes amis d’enfance, les dauphins
Le long de cette grève où le sable est si fin
Sur la plage de la corniche.

At the edge of the sea, right by the tide,
If it’s possible, dig a soft little hole
A nice little niche
Close to my childhood friends, the dolphins,
Along this shore where the sand’s so fine
On the beach near the cliff.

C’est une plage où même à ses moments furieux
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux
Où quand un bateau fait naufrage
Le capitaine crie : “Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord
Chacun sa bonbonne et courage”.

It’s a beach where even at his most furious
Neptune never takes himself too seriously,
Where, when there’s a shipwreck
The captain yells, “I’m in charge here!
Save yourself if you can!  Wine and pastis first!
Everybody to their own supply–good luck!”

Et c’est là que jadis à quinze ans révolus
A l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus
Je connus la prime amourette
Auprès d’une sirène, une femme-poisson
Je reçus de l’amour la première leçon
Avalai la première arête.

This is where, long ago, at fifteen,
An age where it’s not enough anymore to amuse yourself
I had my first little affair
Alongside a siren, a fish-woman,
I had my first lesson in  love
And swallowed its first pains.
(arête – fish bone)

Déférence gardée envers Paul Valéry
Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris
Le bon maître me le pardonne
Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens
Mon cimetière soit plus marin que le sien
Et n’en déplaise aux autochtones.

With all due respect to Paul Valéry
Me, the humble troubador–I can go him one better
(The master will forgive me)
And at least if his verses are worth more than mine
My gravesite will be more nautical than his
And won’t upset the natives.

Tombe de Georges Brassens

Est-ce trop demander : sur mon petit lopin
Plantez, je vous en prie une espèce de pin
Pin parasol de préférence
Qui saura prémunir contre l’insolation
Les bons amis venus faire sur ma concession
D’affectueuses révérences.

Is this too much to ask? On my little site,
I ask you, plant some sort of pine tree
(Preferably a stone pine)
That’ll protect good friends from sunstroke
When they come to pay their respects
At my plot.

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau
Ne donnera pas une ombre triste au tableau
Mais un charme indéfinissable
Les baigneuses s’en serviront de paravent
Pour changer de tenue et les petits enfants
Diront : “Chouette, un château de sable!”

This tombstone, sandwiched between sky and sea,
Won’t throw a sad shadow onto the scene
But rather a certain charm
Swimmers will use it as a windbreak
While changing their clothes, and little kids
Will say, “Great! A sand castle!”

Tantôt venant d’Espagne et tantôt d’Italie
Tout chargés de parfums, de musiques jolies
Le Mistral et la Tramontane
Sur mon dernier sommeil verseront les échos
De villanelle un jour, un jour de fandango
De tarentelle, de sardane.

Sometimes coming from Spain, and sometimes from Italy,
Laden with perfume, with lovely music,
The Mistral and the Tramontane
Will pour echoes over my final sleep–
One day a villanelle,  another day a fandango,
A tarantella, a sardane.

Et quand prenant ma butte en guise d’oreiller
Une ondine viendra gentiment sommeiller
Avec rien que moins de costume
J’en demande pardon par avance à Jésus
Si l’ombre de ma croix s’y couche un peu dessus
Pour un petit bonheur posthume.

And when, having used my mound for a pillow
A mermaid graciously slips into sleep
With less than nothing for her outfit
I’ll ask Jesus for forgiveness in advance
If the shadow of my cross rests on top of her
For a little posthumous joy.

Pauvres rois, pharaons, pauvre Napoléon
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon
Pauvres cendres de conséquence
Vous envierez un peu l’éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances.

Poor kings, pharaohs, poor Napoleon,
Pour vanished notables, lying in the Pantheon
Poor ashes of importance
You’re going to envy a bit the eternal tourist
Who’s paddle-boating through the waves while dreaming,
Who’s spending his death on vacation.

Vous envierez un peu l’éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant
Qui passe sa mort en vacances.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tramontane