Le petit français d’Allemagne

Je viens de lire de la mort d’Henri Salmide à Bordeaux, France, le 23 février.

Né Heinz Stahlschmidt en Allemagne, il était sous-officier de la Kriegsmarine, stationné à Bordeaux. En 1944, il a reçu l’ordre de faire sauter les installations et les quais de la ville.

Mieux qu’obéir, il voulait éviter la destruction du port.  (J’ai lu que les ouvriers lui appellaient “le petit français;” apparemment il n’était pas le plus mauvais “boche” à Bordeaux.)   Il a fait contact avec un membre de la Résistance, qui l’a dit qu’il avait “ni hommes, ni armes” pour l’empêcher.

Tout seul, le 22 aout (quatre jours avant la date pour la destruction), Stahlschmidt est entré le blockhaus où étaient entreposé les explosifs.  Il a déclenché les amorces.

Quelques minutes plus tard, le blockhaus était détruit.  Stahlschmidt a tué presque 50 soldats allemands–mais il a sauvé presque 3,500 ouvriers et citoyens de Bordeaux.

Après la guerre, il a marié une française et est devenu citoyen français en 1947, quand il a pris le nom Henri Salmide.

En 2000, il est devenu chevalier de la Légion d’Honneur.

Photo de Sunfox (Sunny Ripert), flickr.com/people/sunfox/

“…Donc votre est France
et vous êtes mienne…”

Après la bataille d’Azincourt, Henri V d’Angleterre a gagné comme sa femme Catherine, princesse de la France.  Mais selon Shakespeare, il voulait gagné son coeur, aussi.

Henri était soldat, sans ambages–et presque sans français.  En cette scène-ci, il essaie faire la cour à Catherine. Comme j’ai dit dan mon billet précédent, Shakespeare a écrit en français les mots de Catherine et sa servante.  (Il leur donnait le mauvais anglais, aussi, que j’ai essayé mettre en français mauvais.)

J’aime beaucoup cette scène, qui montre à la fois l’humour, l’aperçu, et la tendresse de l’écrivain.

La traduction en français que j’ai essayé ici est située en retrait et en italique.

HENRI: Fair Katharine, and most fair, will you vouchsafe to teach a soldier terms such as will enter at a lady’s ear and plead his love-suit to her gentle heart?

Belle Catherine, et la plus belle Est-ce que vous enseignerez un soldat des mots qui entront à l’oreille d’une femme et supplieront son amour à son coeur doux?

CATHERINE: Your majesty shall mock at me; I cannot speak your England.

Votre majesté vous moquerez de moi; je ne peux pas parler votre Angleterre.

H: O fair Katharine, if you will love me soundly with your French heart, I will be glad to hear you confess it brokenly with your English tongue. Do you like me, Kate?

O, belle Catherine, si vous m’aimerez profondement avec votre coeur français, je serai heureux de t’entendre l’avouer brisé avec votre langue anglaise. Est-ce que vous m’aimez bien, Kate?

C: Pardonnez-moi, I cannot tell vat is ‘like me.’

Pardonnez moi, je ne peux pas dire quel est “like me.” (aimez bien)

H: An angel is like you, Kate, and you are like an angel.

Un ange est comme toi, Kate, et tu es comme ange.
(En anglais, jeu des mots: like you peut dire “t’aimez bien” ou “sembable à toi”)

C: Que dit-il? que je suis semblable a les anges?

ALICE: Oui, vraiment, sauf votre grace, ainsi dit-il.

C: O bon Dieu! les langues des hommes sont pleines de tromperies.

H (il demande à Alice): What says she, fair one? that the tongues of men are full of deceits?

Qu’est-ce qu’elle dit, ma belle?  Que les langues des hommes sont pleine de tromperies?

A: Oui, dat de tongues of de mans is be full of deceits: dat is de princess.

Ouai, qua le langues du hommes est être plein de la tromperies: ça sont le princesse.
(L’anglais qu’Alice parle n’est pas le meilleur…)

H: I’ faith, Kate, my wooing is fit for thy understanding:
I know no ways to mince it in love, but directly to say ‘I love you:’
then if you urge me farther than to say ‘do you in faith?’ I wear out my suit.
Give me your answer; i’ faith, do: and so clap hands and a bargain: how say you, lady?

Vraiment, Kate, vous pouvez comprendre quand je fais la cour à vous. Je ne sais pas comment donnes des allusions de l’amour que vous dire directement, “Je vous aime.” Donc, si vous m’encouragez d’aller plus que dire, “C’est vrai?” Je n’ai rien à dire. Donnez-moi votre réponse, je vous prie; alors, serrez la main à moi, et accord!  Que dites-vous?

C: Sauf votre honneur, me understand vell.

Sauf votre honneur, moi comprend bien.

H: Marry, if you would put me to verses or to dance for your sake, Kate, why you undid me.
If I could win a lady at leap-frog, or by vaulting into my saddle with my armour on my back,
I should quickly leap into a wife. I could lay on like a butcher and sit like a jack-an-apes, never off.

Vraiment, si vous exigez que j’écris des vers ou danse pour vous, Kate, Vous me feriez perdu. Si je pouvais gagner une femme avec des saute-moutons ou en sautant en selle avec l’armure sur mon dos, je sauterais vitement dans une femme. Je pouvais travailler pour elle comme un boucher et m’asseoir en selle comme un singe grand, jamais hors (de la selle)

But, before God, Kate, I cannot look greenly nor gasp out my eloquence, nor I have no cunning in protestation.

Mais je jure à Dieu, Kate, je ne peux pas sembler naif, et je ne suis pas habile à faire des protestations belles.

If thou canst love a fellow of this temper, Kate, that never looks in his glass for love of any thing he sees there, let thine eye be thy cook.

Si vouz pouvez aimer quelqu’un comme ça, Kate, qui ne regarde jamais dans le miroir pour l’amour de ce que il y voit, laissez votre oeil être votre cuisinier.

I speak to thee plain soldier: If thou canst love me for this, take me:
if not, to say to thee that I shall die, is true; but for thy love, by the Lord, no;
yet I love thee too. If thou would have such a one, take me;
and take me, take a soldier; take a soldier, take a king.
And what sayest thou then to my love? speak, my fair, and fairly, I pray thee.

Je vous parle comme soldat simple.  Si vous m’aimeriez comme ceci, prenez-moi.
Sinon, à dire que je mourrai, c’est vrai–mais pour votre amour, vraiment, non.
Pourtant je vous aime aussi.  Si vous prendriez un comme ça, prennez-moi.
Et prennez-moi, prennez un soldat.  Prennez un soldat, prennez un roi.
Donc, que dites-vous, mon amour?  Dites-moi, belle, et honnêtement, je vous prie.

C: Is it possible dat I sould love de enemy of France?

Est-il possible quai je doais aimer lu ennemi de la France?

H: No; it is not possible you should love the enemy of France, Kate:
but, in loving me, you should love the friend of France;
for I love France so well that I will not part with a village of it;
I will have it all mine:
and, Kate, when France is mine and I am yours,
then yours is France and you are mine.

Non, ce n’est pas possible que vous devez aimer l’ennemi de la France, Kate.  Mais, en m’aimant, vous aimeriez l’ami de la France. Car j’aime la France si bien que je ne me déferai pas d’une village d’elle.  Je l’aurai toute.  Et, Kate, quand la France est la mienne, et je suis le votre, puis la France est la votre et vous êtes la mienne.

C: I cannot tell vat is dat.

Je ne peux pas comprendre quai ça eust.

H: No, Kate? I will tell thee in French; which I am sure will hang upon my tongue like a new-married wife about her husband’s neck, hardly to be shook off.

Non, Kate?  Je vous le dirai en français, que je suis sûr suspendra de ma langue comme une femme nouvellement mariée autour le cou de son mari, à peine d’être secouée.

Je quand sur le possession de France, et quand vous avez le possession de moi,
–let me see, what then?   (Laissez-moi voir–donc, quoi?)
donc votre est France et vous etes mienne.

It is as easy for me, Kate, to conquer the kingdom as to speak so much more French:
I shall never move thee in French, unless it be to laugh at me.

C’est aussi facile à conquérir le royaume que parler français en plus.
Je ne vous émouverrai jamais en français sauf pour rire de moi.

C: Sauf votre honneur, le François que vous parlez, il est meilleur que l’Anglois lequel je parle.

H: No, faith, is’t not, Kate. But tell me, Kate, dost thou understand thus much English,
canst thou love me?

Non, vraiment, il n’est pas.
Mais dites-moi, Kate–comprennez vous assez d’anglais:
Pouvez-vous m’aimez?

C: I cannot tell.

Je ne peux pas dire.

H:  Can any of your neighbours tell, Kate? I’ll ask them.

Y a-t-il quelques parmi votre voisins qui le peuvent dire?  Je demanderai à eux!

By mine honour, in true English, I love thee, Kate: by which honour I dare not swear thou lovest me; yet my blood begins to flatter me that thou dost, notwithstanding the poor and untempering effect of my visage.

Sur mon honneur, en bon anglais, je vous aime, Kate.  Je n’ose pas sur cet honneur jurer que vous m’aimez… mais mon sang commence me suggester que vous le faites, même que l’effet pauvre et mauvais de ma physionomie.

Now, beshrew my father’s ambition! he was thinking of civil wars when he got me: therefore was I created with a stubborn outside, with an aspect of iron, that, when I come to woo ladies, I fright them.

Confondez l’ambition de mon père!  Il pensait aux guerres civiles quand il m’a engendré.  Donc j’étais créé avec un extérieur de fer. Alors, quand je viens fair la cour aux belles dames, je les effraie.

But, in faith, Kate, the elder I wax, the better I shall appear:
my comfort is, that old age, that ill layer up of beauty,
can do no more spoil upon my face:
thou hast me, if thou hast me, at the worst;
and thou shalt wear me, if thou wear me, better and better:
and therefore tell me, most fair Katharine, will you have me?

Mais, vraiment, Kate, le plus vieux je deviens, le plus beau j’apparaîtrai.  C’est ma consolation que la vieillesse, qui ne garde pas bien la beauté, ne peut pas rien plus mal sur mon visage.

Vous m’aurez, si vous m’aurez, àu pire.  Et vous m’arborerez, si vous m’arborerez, mieux et mieux.
(Jeux de mots ici: wear me peut veut dire me porter, me arborer, ou me ronger.)

Donc, dites-moi, plus belle Catherine, est-ce que vous m’aurez?

Come, your answer in broken music;
for thy voice is music and thy English broken;
therefore, queen of all, Katharine, ; wilt thou have me?

Venez, votre réponse en mauvais musique,
car votre voix est musique et votre anglais est mauvais.
Alors, reine de tout, Catherine, est-ce que vous m’aurez?

C: Dat is as it sall please de roi mon pere.

Ces est comme il est plaîra lu roi mon père.

H: Nay, it will please him well, Kate it shall please
him, Kate.

Non, il lui plaîra bien, Kate, il lui plaîra, Kate.

C: Den it sall also content me.

Dunc il aussi est me sera contente.

H: Upon that I kiss your hand, and I call you my queen.

Avec ça, je donne un baiser à votre main et je vous appelle ma reine.

Les amoureux des bancs publics

Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu’on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c’est une absurdité
Car à la vérité
Ils sont là c’est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

People who don’t see them right
Think that the green benches
You see on the sidewalks
Are for the fatigued or the fat
But that’s ridiculous
Because in fact, everybody knows
They’re there to welcome first-time lovers.

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des “Je t’aime” pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympatiques

The lovers who smooch on public benches
Ignoring the evil eye
From the good folks passing by
The lovers who smooch on public benches
When they’re saying their heartfelt “I love yous”
They make such cute little faces.

Ils se tiennent par la main
Parlent du lendemain
Du papier bleu d’azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Ils se voient déjà doucement
Ell’ cousant, lui fumant
Dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé

They hold hands, talking about the future
And the sky-blue paper that’ll cover the walls of their bedroom
They can already see themselves: her sewing, him smoking
Safely comfortable as they pick names for their first baby.

Quand la saint’ famill’ Machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris
Ell’ leur décoche hardiment des propos venimeux
N’empêch’ que tout’ la famille
Le pèr’, la mèr’, la fille
Le fils, le Saint Esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s’conduir’ comme eux

When the Everybodies, the holy family,
Happens to cross paths with a pair of these good-for-nothings
They hurl spiteful comments at them
Even though the whole family
The father, the mother, the daughter
The son and the Holy Ghost
Would occasionally love to act just like them.

Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s’apercevront émus
Qu’ c’est au hasard des rues
Sur un d’ces fameux bancs
Qu’ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

Later, when the months have gone by
When their beautiful new dreams have died down
When their skies are full of thick, oppressive clouds
They’ll realize that was by chance, in the streets,
On one of those famous benches
That they experienced the best part of their love.

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des “Je t’aime” pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympatiques

La charrette, c’est partie

Un morceau de Pélagie-la-Charrette, en mots d’Antonine Maillet.  La grand-fille de la Pélagie du tître se disputait avec Bélonie, comme elle descendant du Grand Dérangement:

Depuis cent ans déjà qu’on se passait la charrette, de Bélonie en Bélonie, en Bélonie, comme un fief, alors que la charrette n’avait appartenu à nul autre qu’à son légitime et unique maître, Pélagie, première du nom, LeBlanc de par son homme, sortie vivant des flammes de la Grand’Prée.

“Et vous viendrez encore me raconter à moi la charrette des aïeux?”

On la lui raconterait encore, et encore, car sans ces conteux et défricheteux de Bélonie, fils de Bélonie, fils de Bélonie, l’Histoire aurait trépassé à chaque tournant de siècle. Combien de fois elle s’est arrêtée, butée, effondrée sur le bord de la route. Et sans l’un de ces Bélonie qui passe par là, un soir d’hiver… Il l’aperçoit à temps, la moribonde, et la ramasse, et la redresse, et la ramène pantelante mais encore chaude au logis. Et là, à coups de bûches dans la maçoune et de gicles des salive, pcht! on la ravigote, la garce, et l’Histoire continue.

Elle continue encore dans la bouche de mon cousin Louis à Bélonie, qui la tient de son père Bélonie à Louis, qui la tenait de son grand-père Bélonie — contemporain et adversaire de la Gribouille — qui l’avait reçue de père en fils de ce propre Bélonie, fils de Thaddée, fils de Bélonie premier qui, en 1770, fêtait ses nonante ans, assis au fond de la charrette même de Pélagie, première du nom.

Après ça, venez me dire à moi, qui fourbis chaque matin mes seize quartiers de charrette, qu’un peuple qui ne sait pas lire ne saurait avoir d’Histoire.

Mon premier effort à traduire:

For a hundred years now, the cart has passed from Bélonie to Bélonie to Bélonie, like a fief, even though the cart never appeared without its legitimate and sole master: Pélagie, first of that name, LeBlanc because of her husband, who emerged alive from the flames of Grand-Pré.

“And are you going to tell me again–tell me about the cart of our ancestors?”

Yes, she was going to tell it again, and again, because without the storytelling and ground-clearing of Bélonie, son of Bélonie, son of Bélonie, the Story would have faded away at each turning of a century.

How many times had it been stopped, blocked, broken down at the side of the road! And had not one of these Bélonies come by on a winter’s night…

He saw it in time, lifeless, and gathered it up, tended its wounds, and brought it, gasping but still warm, into his home.

And there, with heaps of logs in the woodstove and spit–ptui!– hissing in the fire, they perked it up, the trollop, and the Story continued.

It continued in the mouth of my cousin Louis Bélonie, who got it from his father Bélonie Louis, who got it from his grandfather Bélonie–the contemporary and the adversary of the Scribbler–who received it, father (to?) son, from that same Bélonie, son of Thaddeus, son of the first Bélonie who, in 1770, at 90, sat in that very cart belonging to Pélagie, first of that name.

After that, you tell me who polished the sixteen parts of the cart each morning, so that (without which?) a people who could not read would not know they had a Story.

Un phare d'Acadie
Un phare d'Acadie

Vous voyez que je dois ne pas quitter mon boulot pour devenir traducteur.  Mes dictionnaires n’avaient pas “grouch” pour “”gribouille,” pas exemple.  Et je me demande si “mes seize quartiers de charrette” est un idiome.

Mais en général je me donnerai un “pas pire” pour ceci.  J’ai suivi un peu l’avis de lire chaque châpitre sans m’arreter trop pour rechercher les mots.

Selon ce principle, je dois essayer comprendre ce qu’un mot veut dire du contexte, s’il est possible.  J’ai vu que maçoune a dû vouloir dire quelque chose comme un poêle ou une cheminée.  Sinon, je l’ignorais à moins que je le voyais souvent–bien, au dictionnaire.

Comme j’ai espèré, je peux lire la traduction en anglais de Philip Stratford (Pélagie: the Return to Acadie). En lisant ceci, j’apprends mieux à la fois l’histoire de Pélagie et le language d’Antonine Maillet.

L’extrait au-dessus selon Stratford:

For a hundred years now they’d been passing the cart down from Bélonie to Bélonie to Bélonie, like an heirloom, when all the time the cart belonged to none other than her legitimate and unique master, Pélagie, first-of-the-name, LeBlanc by her man, who had come alive through the flames of Grand Pré.

“And you still think you can tell me about my own ancestor’s cart?”

Yes, still, and again, and again.  For without these storytellers and root-delvers of Bélonies, sons of Bélonies, and the sons of sons of Bélonies, history would have rolled over and died at the end of every century.  How many times had she stopped, stumbled, and collapsed on the edge of the road?  And if it hadn’t been for one of these Bélonies chancing by one winter evening…

He sees her just in time with the death rattle on her, he picks her up, straightens her out, adn brings her back, gasping but still warm, to the fireside.  And there, by virtue of the logs on the first and spurts of spit in the flames…Ptui!… she’s brought back to life, the bitch, and history goes on again.

And goes on today in the mouth of my cousin Lous-à-Bélonie, who holds what he knows from his father, Bélonie-à-Louis, who held it from his grandfather Bélonie, contemporary and adversary of Pélagie-the-Grouch, who received it from father to son from that very Bélonie, son of Thaddée, sone of Bélonie-the-First who, in 1770, feasted his ninetieth year sitting in the bottom of the cart of that same Pélagie, first-of-the-name.

After all that, just try to tell me, who every morning shines up my sixteen quarters of cart, that a people who can’t read can’t have a history!

L’image du phare fait par ojbyrne (Owen Byrne).



Ma guitare et moi

Quand j’étais à l’université, j’ai eu un livre des chansons folkloriques (Folksongs and Footnotes, de Theodore Bikel).  Parmi ses pages j’ai trouvé cette chanson.

Parce que je l’ai enseigné à moi-même, j’ai toujours la chanté plus lentement qu’ici.  Mais j’étais heureux à trouver cette version par Stéphane Golmann.

Ma guitare et moi,
Nous ne nous quittons pas
Qui joue de l’autre ?
Personne ne le dira
Quand je l’ai rencontrée
Couverte de poussière
Elle se morfondait
Chez un antiquaire
Et je n’ai pas pu
Pas pu résister
A ses cordes cassées
Sa peinture écaillée
Et, partant tous les deux,
Le vieux n’a pas compris
Qu’elle était déjà
Ma guitare, mon amie
My guitar and me
We’re always together
Which one plays the other?
Who can say?
When I found her
Covered in dust
She was moping around
In an antique shop
And–I couldn’t,
Just couldn’t resist
The broken strings
The flaking finish
And when we left together
The old guy didn’t get it:
She was already
My guitar, my friend
On ne peut pas contenter
Tout le monde et son père
Etre au four, au moulin
Ou avoir quatre mains
On peut aimer les bêtes
La nature, les humains
Sans être poète
Encore moins musicien
Mais c’est bien agréable
De pouvoir l’exprimer
Sans en être capable
Grâce à elle car elle sait
You just can’t please
Everybody and his brother
You can’t be in two places at once
You’ve only got one pair of hands
You can love animals
Or nature or people
Without being a poet
Much less a musician
Still, it’s very nice
Having the chance to say it
Without really being capable
Thanks to her — because she knows.
Ma guitare et moi,
Nous ne nous quittons pas
Qui joue de l’autre ?
Personne ne le dira
Quand je l’ai rencontrée
Couverte de poussière
Elle se morfondait
Chez un antiquaire
Et je n’ai pas pu
Pas pu résister
A ses cordes cassées
Sa peinture écaillée
Et, partant tous les deux,
Le vieux n’a pas compris
Qu’elle était déjà
Aglaé, mon amie
My guitar and me
We’re always together
Which one plays the other?
Who can say?
When I found her
Covered in dust
She was moping around
In an antique shop
And–I couldn’t,
Just couldn’t resist
Her broken strings
Her flaking finish
And when we left together
The old guy didn’t get it:
She already was
Aglaia, my friend

C’était seulement en écrivant ceci que j’ai vu le nom Aglaé à la fin.  Peut-être c’était le nom que Golmann a donné à sa propre guitare.  En mythologie, Aglaé était la plus jeunes des Charites.

Shakespeare, dramaturge (en) français

Être ou ne pas être?Personne sait vraiment qui a écrit les pièces de William Shakepeare.  Nous n’avons pas un seul mot de ses pièces dans son propre écriture.

En partie, c’est parce que la première compilation de ses œuvres (et la plus renomée) était le Premier Folio (anglais: First Folio), fait par ses collègues en 1623, sept ans après la mort de l’auteur.

On croit qu’il y avait peut-être 1,000 copies du Premier Folio.  Aujourd’hui peut-être 228 existent encore.  Le British Library, bibliothèque du Royaume-Uni, en a 5.  À Washington, DC, pas loin du Capitole des États-Unis, la Folger Shakespeare Library (bibliothèque; site en anglais) en a 79.

Shakespeare était rusé, sage, et enjoué.  Même dans les pièces les plus serieuses, il jouait avec des mots et avec des idées.

Henri V raconte l’histoire du roi d’Angleterre qui était vainqueur à la bataille d’Azincourt (en anglais, Agincourt).  Les gens à l’epoque de Shakepeare (175 ans plus tard) ont vu Henri comme un de ses rois mieux.

Probablement, ils savaient aussi que Henri ne pouvait pas parler français.  Il a vécu 350 ans après Guillaume le Conquérant, et on croit qu’il était le premier roi d’Angleterre après Guillaume qui employait anglais à sa cour.

C’est pourquoi (je suis convaincu) Shakespeare a mit certaines scènes dans Henri V. Il jouait souvent, dans ses autres pièces, avec des malentendus.  Ici, Catherine, princesse de la France, veut apprendre anglais.

Vous devez comprendre que les mots sont ceux de Shakepeare–pas une traduction.

Nous verrons Catherine encore–quand elle rencontre le roi Henri.

(Ajouté plus tard: voici leur rencontre.)

Cumha Cheap Breatuinn

Je voulais partager une histoire et une chanson de mon pays (l’Île de Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse).  C’est en gaélique, la langue de mes ancêtres.  Mes grand-pères et mes grand-mères parlaient gaélique; c’était la langue maternelle de mes grand-pères.  En fait, je crois que le plupart de mes arrière-grand-pères et arrière-grand-mères ne parlaient guère anglais.

À l’histoire:

Il y avait un homme, Allan the Ridge MacDonald, qui a vécu avec sa famille près de Mabou, une ville sur la côte ouest de Cap-Breton.  (Son père, Alasdair, avait  reçu le style [dit-nom] “Ridge” parce que chez lui était sur une chaîne dans les collines.  Donc, le père est devenu Alasdair the Ridge [Alexandre-la-Chaîne].)

Allan the Ridge y vivait jusqu’à 1847, quand il a déménagé avec sa famille au continent–pas loin mais assez loin de Cap-Breton.  Apres plusiers ans, Allan s’est promené près de Cap-George, d’où il pouvait voir l’île de sa naissance.  Allan était bàrd (poète traditionel gaélique) et il a composé ces vers-ci, suivant un air vieux de l’Écosse.

En style des bàird (poètes ), il louait l’île, ses villages, son peuple.  De Cap-George, c’est impossible à voir les villages dont il chantait; il les regardait avec les yeux de son cœur.

Cumha Ceap Breatuinn (un mp3 s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre)

 

Depuis longtemps, j’ai aimé cette chanson–plus, maintenant.  Quand mon père était mort, l’automne dernier, une chanteuse l’a chanté à la fin de ses funerailles.  Il est venu aux États-Unis en 1951, mais il a porté toujours Cap-Breton dans son coeur.  Cet été, nous y le retournerons pour son dernier repos.

Cumha Cheap Breatuinn
Lamentation pour Cap-Breton

Chì mi bhuam, fada bhuam,
Chì mi bhuam, ri muir làin;
Chì mi Ceap Breatuinn mo luaidh
Fada bhuam, thar an t-sàil.
Je vois loin, loin de moi,
Je vois à la marré haute
Je vois Cap-Breton, mon amour,
Loin de mois, par-dessus les vagues.
Chì mi Créiginis nan craobh,
Le cuid aonaichean àrd;
‘S an Rubh’ Fada tha ri taobh
Gheibhte maoin ann ‘s barr.
Je vois Creignish des fôrets
Avec ses pâturages hauts
Et Cap-Long à sa côte
Avec prospérité et cultures.
Bha na Glaisrich ann gun èis,
Bheireadh feum as an fhàl;
Bha iad modhail, bha iad gleusd’,
Bha iad speiseil ‘nan ghaths.
Où les gens de Strathglass vivaient
Sans besoin, ils mettaient
Si bien éléves et si bien habiles
Ils étaient toujours bien-aimés
Chì mi Siùdaig nam fear cruaidh,
Chì mi Bruaich nam fear àrd,
Bha Clann Sheumais ann ri uair
Laoich a bhuanaicheadh blàr.
Je vois Judique des hommes forts
Je vois Braes des hommes hauts
Une fois, le Clan Sheumais y vivaient
Des hommes qui gagneraient des batailles
Chì mi Sestico nan tùr,
‘S am bheil bùthan ‘us sràid;
Chì mi Màbu air a’ cùl–
B’ i sid dùthaich mo ghràidh.
Je vois Chestico des tours
Il y a des boutiques et une rue principale
Je peux voir Mabou en arrière
C’est le lieu que j’ai aimé
Gu bheil togradh ann am inntinn
Bhi leibh mar a bha,
Ged tha fios agam ‘us cinnt
Ribh nach till mi gu bràth.
J’aimerais bien
Être avec vous comme j’avais été
Mais je sais bien
Que je ne retournerai jamais
Chì mi cladach Mèinn a’ Ghuail,
‘S am bidh buar agus gràn;
‘S Rubh’ an t-Seallaidh fad mu thuath,
Creagach, fuar agus àrd.
Je vois la plage de Mine-du-Charbon
Où il y a du bétail et des ceréales
Et Cap-Vue (Sight Point) au nord
Rocheux, froid, et haut
Tha mi ruith gu ceann mo rèis,
‘S mi fo èislean gach là;
Sguiridh mi ‘s cha ‘n eil mi rèidh,
‘S cha ‘n eil feum ann am dhàn.
Je viens à la fin de mom temps sur la terre
Je suis découragé chaque jour
Je finirai même que je suis triste:
C’est inutile, ma chanson
Nis bho ‘n tha mi air bheag stàth,
Leam a b’àill, nuair nach beò,
Mi bhi còmhla ri m’ chàirdean,
Ann am Màbu fo ‘n fhoid.
Parce que je suis maintenant faible
Quand je ne vis plus
Je voudrais être avec mes amis
Enterré sous le gazon de Mabou

Sur la grande côte

Avec plus qu’un peu de semblance à la musique traditionnelle de la Nouvelle-Écosse, une chanson par le group La Bottine Souriante, du Québec.

J’écrirai tôt un billet pour comparer cette chanson avec les òrain luaidh (en Écosse, “waulking songs;” au Canada, “milling songs”) — des chansons qu’on chantait en préparant du tweed nouvellement tissé.

Sur la grand’ côte elle est montée
Sur la grand’ côte elle est montée
Elle a perdu son tablier
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

She was climbing the big hill
She’d lost her apron

Elle a perdu son tablier
Elle a perdu son tablier
C’t’un homme passant qui l’a ramassé
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

She’d lost her apron
A man who was passing by picked it up

C’t’un homme passant qui l’a ramassé
C’t’un homme passant qui l’a ramassé
Ça prend un homme qui n’est pas gêné
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

A man who was passing by picked it up
It takes a man who isn’t shy

Ça prend un homme qui n’est pas gêné
Ça prend un homme qui n’est pas gêné
De d’mander les filles pour les embrasser
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

It takes a man who isn’t shy
To ask the girls if he can kiss ’em

De d’mander les filles pour les embrasser
De d’mander les filles pour les embrasser
C’t’ait pas une chanson qu’j’voulais vous chanter
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

To ask the girls if he can kiss ’em
This wasn’t a song I wanted to sing you

C’t’ait pas une chanson qu’j’voulais vous chanter
C’t’ait pas une chanson qu’j’voulais vous chanter
C’t’ait un p’tit reel, j’vas vous l’reeler
Ti ta ti dla dla dla lam
Ti ta ti dla dla dla lam

This wasn’t a song I wanted to sing for you
It was a reel I’m going to play for you

Les dit-noms et les MacDougall

J’ai appris qu’en Acadie et en Québec, on entend ou lit souvent des “dit noms.” Ces sont comme un alias ou un autre nom donné à quelqu’un, souvent pour le distinguer des autres avec le même nom: Joseph Broussard dit Beausoleil.

Un site généalogique donne quelques raisons pour les dit-noms:

  • Surnom utilisé à l’armée (peut être combiné à d’autres raisons)
  • Lieu d’origine (Breton, Langlois, Langevin, etc.)
  • Terres appartenant à ou habitée par un ancêtre (Beauregard)
  • Le nom complet de l’ancêtre (Gaston Guay -> Gastonguay -> Castonguay)
  • Le prénom d’un ancêtre (Vincent, Robert, etc.)
  • Pour conserver l’ancien nom (dans la langue locale) lors de la francisation des noms en France

Ça m’interesse parce que, chez moi, nous avons quelque chose semblable.  Parmi des écossais de l’île de Cap-Breton et de la Nouvelle-Écosse, c’est souvent le cas qu’on n’entend jamais un nom de famille.

Mon grand-père, par exemple, s’appelait John David Macdonald. Quand il était jeune, 10% des Nouvelle-Écossaises avaient le nom de famille “Macdonald” — dont 10% s’appelaient “John.”

Si vous avez dit, “Je cherche John Macdonald,” on répondrait, “Lequel?”

Donc, quand il est venu à ma ville natal, on commençait l’appelait “Jack D.” En l’anglais de Cap-Breton, c’était “his style” — c’est à dire, son dit-nom.

Souvent, les gens donnent le style de quelqu’un à ses enfants.  Ma mère et ses frères et ses sœurs étaient connus comme Freddie Jack D, Charlie Jack D, Edith Jack D…

Ce peut appartenier à la génération prochaine.  J’ai des cousins qu’on présente comme: Ann Billie Jack D.  (Ann, fille de Billie, fille de Jack D).

Mon père avait un bon ami depuis 50 ans.  Je n’ai jamais su son nom de famille jusqu’à sa mort; il était toujours Hughie Jim Paul ( “Jim Paul” était le nom de son père).  L’automne dernier, j’ai dit  à une nièce, “J’avais 35 ans avant que j’ai appris que son nom de famille était MacDougall.”

Elle était choquée.  “Il n’était pas ‘Paul’ ?!?”

Le déserteur

Quand j’étais étudiant, j’ai entendu une version de cette chanson, chanté par Paul Stookey (de Peter, Paul and Mary).  Les paroles sont ceux de Boris Vian.

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir

Mr. President:
I’m writing a letter
That maybe you’ll read
If you have time
I’ve just receive my orders
To leave for the war
By Wednesday night.

Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m’en vais déserter

Mr. President, I don’t want to do it
I wasn’t put on earth to kill anybody
Not that I want to upset you, but I have  to tell you
My decision’s made: I’m going to desert.

Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins

In my life, I’ve seen my father die,
I’ve seen my brothers leave, seen the tears of my children

My mother suffered so much, she’s in her grave
She laughs at bombs.  She laughs as poems.
When I was a prisoner, they stole my wife
They stole my soul, my entire past.
Well, early tomorrow, I’ll slam the door
In the face of the dead years
I’ll hit the road.

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président

I’ll beg my way on the roads of France
In Brittany, in Provence, and I’ll tell people:
Don’t do what you’re told.  Don’t do it.
Don’t go to war.  Refuse to report.
If blood must be shed, shed yours
You’re a righteous man
Mr. President

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer

If you come after me, tell your police
That I won’t be armed, that they can shoot.